Depuis des siècles, le thé incarne un art de vivre, un moment suspendu entre détente et conscience. Des cérémonies japonaises aux tea times britanniques, cette boisson millénaire est un symbole universel de bien-être.
Pourtant, derrière la simplicité d’une tasse de thé chaude se cache une réalité bien moins apaisante.
Aujourd’hui, la majorité des amateurs de thé optent pour la commodité : les sachets individuels.
Une habitude héritée d’un malentendu du siècle dernier, lorsque Thomas Sullivan, un marchand new-yorkais, envoya ses échantillons de thé dans de petits sachets de soie. Les destinataires, pensant que ces derniers étaient conçus pour infuser directement dans l’eau, ont perpétué l’usage. Le geste est resté, mais les matériaux ont évolué : soie, tulle, papier… puis plastique. Le problème ?
Les sachets modernes sont souvent composés de polyéthylène téréphtalate (PET) ou de nylon, des plastiques qui, exposés à la chaleur de l’infusion (environ 95 °C), libèrent des milliards de particules de micro et nanoplastiques dans l’eau.
Une étude canadienne de 2019 a révélé qu’un seul sachet peut relâcher jusqu’à 11,6 milliards de microplastiques et 3,1 milliards de nanoparticules dans une seule tasse.
Plus alarmant encore, une recherche publiée en 2024 par les scientifiques de PlasticHeal a démontré que ces nanoparticules sont capables de traverser la barrière intestinale, d’atteindre la circulation sanguine et de se propager dans l’organisme.
Un phénomène encore mal compris, mais qui soulève de sérieuses inquiétudes sanitaires. Et ce n’est pas tout. Même les sachets en papier, souvent perçus comme une alternative "naturelle", posent problème. Ils peuvent être blanchis au chrome, scellés avec du polypropylène ou encore contenir des résidus de pesticides comme le glyphosate.
Selon Wendy Kathryn, avocate spécialisée en toxines environnementales, même les modèles les plus "écolos" peuvent renfermer des PFAS, ces "polluants éternels" désormais omniprésents.
Outre les risques pour notre santé, ces sachets participent activement à la pollution plastique mondiale. Jetés ou compostés, ils contaminent les sols, les eaux, et menacent les écosystèmes terrestres et marins.
Alors, que faire ? La solution est simple, mais demande un léger retour en arrière : opter pour du thé bio en vrac, infusé dans une boule à thé en inox, une théière en verre ou une infusion directe sans plastique. Ce choix permet non seulement d’éviter l’ingestion de plastique, mais aussi de renouer avec un rituel lent, presque méditatif, qui redonne tout son sens à l’instant présent.
Boire du thé pourrait redevenir ce qu’il a toujours été : un acte de soin pour le corps, l’esprit… et la planète.